La publication, au début de l’année 2026, des premiers résultats de la troisième Étude de l’alimentation totale (EAT3) par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a mis en lumière une crise de santé environnementale d’une ampleur inédite. Près d’un adulte sur deux et un enfant sur quatre sont désormais exposés au-delà des seuils de sécurité sanitaire pour le cadmium, un métal lourd hautement toxique et cancérogène. Cette contamination n’est pas le fruit d’accidents industriels localisés, mais la conséquence d’une accumulation lente et systémique dans les sols agricoles européens et en particulier français, principalement induite par l’usage massif d’engrais phosphatés minéraux importés.
Pour Le Lierre, réseau de fonctionnaires, d’experts et d’acteurs de l’action publique engagés dans la transition écologique, cette situation illustre de manière flagrante les fragmentations de nos politiques publiques : cloisonnement étanche entre santé publique et orientations agricoles, dépendances géopolitiques non résolues et absence de planification écologique réelle et de mise en oeuvre effective de la transition environnementale et climatique en agriculture. L’actualité législative de l’année 2026, marquée par l’adoption en première lecture à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par le député Benoît Biteau le 3 juin 2026, combinée à l’évaluation attendue du règlement européen sur les fertilisants, offre une fenêtre d’opportunité politique majeure pour transformer structurellement nos modes de production et protéger durablement nos populations et nos territoires.
Cependant, cette dynamique de progrès sanitaire se heurte de front à l’adoption, la veille (le 2 juin 2026), du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Ce texte de «simplification» consacre en réalité un détricotage préoccupant des normes environnementales et sanitaires : il prévoit notamment la création d’un régime d’autorisation dérogatoire accéléré pour les élevages intensifs, l’allègement des mesures de compensation pour les projets détruisant des zones humides, la complexification et la réduction potentielle des périmètres de captages d’eau potable protégés, ainsi que des dérogations facilitées pour l’usage des pesticides. Ces mesures illustrent les tensions profondes d’une action publique tiraillée entre l’urgence de la planification écologique durable et les reculs environnementaux dictés par la gestion de crise à court terme.



