10 juillet : De la Fourche à la Fourchette

Le compte-rendu de la journée de terrain organisée par Le Lierre dans le Pays Viganais.

Alimentation, agriculture, foncier, climat, solidarité : et si tout était lié ?

C’est tout l’enjeu des Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), au cœur d’une journée de terrain organisée dans le Pays Viganais et les Causses Aigoual Cévennes.

Sous l’impulsion de Lucie Monne et de Simon Bulté, animatrice et animateur du PAT de la Communauté de communes du Pays Viganais et Causse Aigoual Cévennes, les acteurs locaux construisent une politique alimentaire qui dépasse largement la seule question agricole. Les deux PAT travaillent très concrètement sur des enjeux de foncier, d’installation agricole, de transmission des exploitations, de restauration collective ou encore de solidarité alimentaire.

Dans ces territoires hyper-ruraux du nord-ouest du Gard, où les distances, le relief et la faible densité compliquent l’action publique, le PAT joue un rôle essentiel de mise en réseau entre élus, agriculteurs, associations, chambres consulaires, services de l’État et habitants.

Au fil de la journée, plusieurs initiatives ont illustré cette approche systémique :

À Trèves, découverte d’une chèvrerie installée grâce à un travail collectif associant commune, intercommunalité, Chambre d’agriculture, SAFER, CIVAM et Conservatoire des espaces naturels. Un projet emblématique qui montre combien l’animation foncière et la volonté politique sont déterminantes pour favoriser l’installation agricole.

À la coopérative Origine Cévennes, les échanges autour de l’Oignon doux des Cévennes ont mis en lumière les défis auxquels fait face l’agriculture locale : adaptation au changement climatique, accès à l’eau, maintien des productions et avenir des filières. Comme l’a confié un producteur : « Il y a 50 ans, si on nous avait dit qu’on manquerait d’eau dans les Cévennes, on aurait ri au nez de celui qui l’affirmait. »

Au Vigan, l’épicerie solidaire « Épicerie Plus en Pays Viganais » a rappelé une autre réalité : celle de la précarité alimentaire. Avec des besoins en hausse, des dons en baisse et des bénéficiaires toujours plus nombreux – retraités, jeunes, mais aussi agriculteurs –, les enjeux de justice sociale sont désormais indissociables des politiques alimentaires territoriales.

🍽️ Enfin, les visites consacrées à la restauration collective ont montré l’importance des démarches d’approvisionnement local, de qualité et de sensibilisation des convives, dans l’esprit de la loi EGAlim.

Une conviction ressort de cette journée : nous produisons souvent plus que les besoins du territoire, mais les filières restent insuffisamment structurées, les débouchés fragiles et l’accès à une alimentation de qualité encore inégalement réparti.

C’est précisément tout l’enjeu de la reterritorialisation de l’alimentation : relocaliser les chaînes de valeur, renforcer la sécurité alimentaire, mieux rémunérer les producteurs, préserver les ressources naturelles et développer une véritable démocratie alimentaire.

Comme l’ont rappelé les équipes du Lierre lors des échanges avec les élus, la transition alimentaire est avant tout un sujet politique. Les agents peuvent proposer, expérimenter et animer. Mais ce sont les élus qui disposent, au final, du pouvoir d’orienter les choix structurants pour leur territoire.

Face aux défis du climat, du renouvellement des générations agricoles et de la solidarité alimentaire, une question demeure :

Quel rôle souhaitons-nous jouer pour construire les systèmes alimentaires de demain ?