10 avril 2026 : Climat Libé Tour

Retrouvez le compte-rendu du Climat Libé Tour sur le thème de la santé et de l'environnement.

Le vendredi 10 avril 2026, dans le cadre du Climat Libé Tour, Le Lierre organisait à l’Académie du Climat, en partenariat avec la Ville de Paris et Libération, une journée de travail dédiée aux liens entre dérèglement climatique et santé.

Pensée pour les professionnel•les de l’action publique, les agent•es territoriaux et les professionnel•les de santé, cette rencontre a rassemblé de nombreux participant•es autour d’un objectif commun : mieux comprendre les impacts sanitaires du changement climatique et identifier des leviers d’action concrets pour transformer les politiques publiques.

Un constat clair : le changement climatique est déjà une crise sanitaire

Les échanges ont d’abord permis de poser un diagnostic partagé. Le changement climatique n’est plus une menace abstraite : il affecte déjà directement la santé des populations.

L’augmentation des températures entraîne une hausse de la mortalité liée aux épisodes de chaleur, largement supérieure à la baisse de la mortalité hivernale. L’été 2024 en est une illustration frappante, avec plusieurs milliers de décès supplémentaires liés à la déshydratation et aux canicules.

Au-delà des températures, les dérèglements environnementaux ont des effets multiples :

  • multiplication des événements extrêmes (inondations, tempêtes),
  • dégradation de la qualité de l’air,
  • évolution des maladies infectieuses,
  • impacts croissants sur la santé mentale, notamment chez les jeunes.

Ces phénomènes touchent particulièrement les populations les plus vulnérables, renforçant les inégalités sociales de santé.

Atténuation et santé : des co-bénéfices immédiats

Un point clé des discussions a porté sur les co-bénéfices sanitaires des politiques climatiques. Contrairement à une idée répandue, agir pour le climat produit des effets positifs rapides et tangibles sur la santé :

  • Mobilité : réduire l’usage de la voiture individuelle diminue la pollution de l’air, les accidents et favorise l’activité physique. Un kilomètre parcouru à vélo représente environ 1 € de bénéfice pour la santé publique.
  • Alimentation : une alimentation plus végétale améliore la santé tout en réduisant l’empreinte carbone.
  • Énergie : la sortie des énergies fossiles entraîne une baisse significative des maladies liées à la pollution.
  • Logement : la rénovation énergétique lutte contre la précarité énergétique et ses conséquences sanitaires.

En Île-de-France, les nuisances liées à la mobilité représentent ainsi environ 1 milliard d’euros par an, dont les deux tiers sont liés à des impacts sanitaires locaux.

Un système de santé sous tension

Les interventions ont également mis en lumière la fragilité du système de santé face à ces transformations. Aujourd’hui :

  • les maladies chroniques représentent 75 % des dépenses de santé,
  • elles pourraient concerner 50 % de la population d’ici 2030,
  • 70 % de ces maladies sont liées au mode de vie et à l’environnement.

Dans le même temps, le système de santé est lui-même un émetteur significatif de gaz à effet de serre, posant la question de sa propre transformation. L’enjeu est donc double : adapter le système de soins tout en agissant en amont sur les déterminants environnementaux et sociaux de la santé.

Dépasser les silos : vers une approche systémique

Un consensus fort s’est dégagé : les politiques publiques restent encore trop cloisonnées. Or, les enjeux de santé, de climat, d’alimentation, de mobilité ou encore d’urbanisme sont profondément interdépendants. Une approche systémique est indispensable pour être efficace. Le concept de One Health (une seule santé) a été évoqué comme cadre pertinent pour repenser l’action publique, en intégrant les interactions entre santé humaine, environnement et écosystèmes.

Le rôle clé des territoires

Les collectivités locales apparaissent comme des acteurs centraux de la transformation. En première ligne face aux crises, elles disposent de leviers concrets :

  • aménagement urbain (mobilités, espaces verts),
  • accès aux soins,
  • prévention,
  • sensibilisation des populations.

Plusieurs initiatives illustrent cette dynamique :

  • développement de la santé environnementale dans les politiques locales,
  • création d’ateliers pour les jeunes parents,
  • actions de prévention (ex : lutte contre les moustiques),
  • montée en compétences des agents publics.

Cependant, ces actions doivent s’appuyer sur :

  • des diagnostics territoriaux précis,
  • un meilleur accès aux données,
  • une articulation renforcée avec le cadre national.

La santé, un levier puissant pour convaincre

Un enseignement majeur de la journée est la force du levier sanitaire pour mobiliser. La santé constitue un sujet consensuel, moins clivant que l’écologie, et particulièrement efficace pour embarquer :

  • les citoyens,
  • les professionnels,
  • les décideurs politiques.

Les professionnels de santé jouent à cet égard un rôle déterminant, notamment dans l’alerte et la sensibilisation (polluants, substances toxiques, etc.).

Former, dialoguer, transformer

Plusieurs pistes d’action ont émergé :

  • Former massivement les professionnels et les décideurs à la santé environnementale
  • Développer l’éco-soin, en interrogeant les pratiques médicales
  • Renforcer le dialogue social, pour construire des politiques adaptées
  • Mieux diffuser les ცოდances scientifiques, en les rendant accessibles
  • Agir malgré les incertitudes, en s’appuyant sur le principe de précaution

Agir maintenant, ensemble

Face à l’ampleur des défis, un message s’impose : il n’est plus possible d’attendre un niveau de preuve absolu pour agir. Les coûts de l’inaction sont déjà considérables, tant sur le plan humain que financier. À l’inverse, les bénéfices d’une action coordonnée, territorialisée et systémique sont immédiats.

Cette journée aura permis de poser les bases d’un dialogue essentiel entre acteurs publics, experts et professionnels de santé. Une dynamique collective indispensable pour construire des territoires plus résilients, plus justes et plus favorables à la santé.