Analyse du Lierre : Quel avenir voulons-nous (pour la jeunesse) ?

La colère de la jeunesse éclate depuis plusieurs jours. Les causes de cette colère sont multiples et doivent nous interroger sur le projet de notre société pour sa jeunesse.

« Perte de 10% des heures de cours en 2025 faute de remplaçants. »

Rappelons que ce mouvement a débuté en Île-de-France. Des lycéens se sont mobilisés pour dénoncer leurs conditions d’études dans des locaux insalubres et inadaptés aux nouvelles conditions climatiques, des rythmes scolaires perturbés par les réformes successives et les trop nombreux postes de professeurs vacants principalement liés à l’effondrement de la rémunération des enseignants et à la perte d’attractivité du métier. Un récent rapport parlementaire avait pointé la perte de 10% des heures de cours en 2025 faute de remplaçants en nombre suffisant. 

Ce mouvement local s’est ensuite diffusé rapidement à l’échelle nationale, avec un élan de solidarité entre les lycéens et les territoires, cassant l’image caricaturale d’une génération dépolitisée et désengagée.

Parmi les différentes revendications, la dénonciation de « Parcoursup » semble fédérer largement. Si les inégalités scolaires préexistaient à sa création, le « fonctionnement de Parcoursup contribue à reproduire (les inégalités socioculturelles) sans les corriger, voire les aggraver » selon un autre rapport parlementaire. En plus de conforter les inégalités sociales et territoriales, la plateforme algorithmique plonge dans l’incertitude et l’incompréhension un grand nombre de lycéens et leur famille. 

Un mouvement devenu national

L’extension rapide du mouvement à l’ensemble du territoire montre un malaise  profond qui s’inscrit dans un contexte social dégradé et anxiogène. Toute une génération est aujourd’hui précarisée et dans l’incertitude quant à son avenir. Le taux de chômage des 15-24 ans est aujourd’hui de 21,6% et 37,6% vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024.

La santé mentale des jeunes est abîmée. En 2024, 15 % des collégiens et 20 % des lycéens déclarent ressentir un sentiment de solitude, et 19 % des lycéens présentent un risque important de dépression. L’état de la médecine scolaire et de la pédopsychiatrie laisse peu de ressources pour répondre et prévenir les situations de détresse, avec, là encore, de fortes inégalités territoriales.

Cette génération est aussi le témoin d’une inaction environnementale coupable qui obère son avenir et menace directement les conditions d’habitabilité sur Terre. Greta Thunberg en 2018 avec les « fridays for future » et les marches pour le climat en 2019 (année de création du Lierre) avaient illustré l’engagement et les interpellations de la jeunesse en matière d’écologie. Depuis, leurs voix n’ont pas été entendues. Pire, la situation environnementale s’est fortement dégradée et l’action climatique est attaquée de toute part et reléguée au rang des priorités, en France et dans le monde.

Sortir de la violence et repenser les politiques publiques

A ce tableau sombre, s’ajoute désormais la réponse sécuritaire sans précédent au mouvement lycéen et étudiant, avec plus de 6000 interpellations en quelques jours, des centaines de blessés et des blessés graves mineurs. Cette réponse risque de laisser des blessures profondes, dans une période où l’Etat de droit est menacé de toutes parts.

Il est urgent de repenser des politiques publiques pour la jeunesse dans un dialogue démocratique. L’éducation nationale et l’enseignement supérieur, tout comme la transition écologique, ne peuvent pas servir de variables d’ajustement pour régler la problématique de la dette. Il en va de la santé de notre démocratie, de notre pacte social mais aussi de notre capacité à relever les défis d’avenir, qu’ils soient écologiques, sociaux ou économiques.

La manière dont la société protégera les jeunes et les réponses qui seront apportées à leurs revendications et à leurs inquiétudes diront beaucoup de l’avenir que nous nous préparons.